Vision, défis, opportunités : un survol
Basée sur une série de consultations menées auprès d'entreprises et d'organismes communautaires, cette section présente la vision, les défis et les opportunités qui s'offrent à la région de Baffin et à sa communauté francophone.
Main-d’œuvre de la région
L’employeur le plus important de la région de Baffin est le gouvernement fédéral. De façon générale, à part quelques emplois spécialisés (par exemple, les métiers et certains postes gouvernementaux), les entreprises de la région ne demandent pas de formation académique formelle. Les employeurs cherchent surtout des individus fiables et honnêtes qu’ils peuvent former à l’interne.
Dans la mesure du possible, les employeurs cherchent à recruter une main-d’œuvre locale; toutefois, il existe des difficultés importantes à cet égard. Dans plusieurs cas, et ce à travers l’ensemble des secteurs d’activités, la main-d’œuvre doit être importée du sud du pays puisqu’elle n’est pas disponible localement. Il s’agit d’une réalité extrêmement coûteuse car les employeurs font souvent l’embauche par téléphone, doivent défrayer le coût du transport, de même que des coûts de logement une fois la personne arrivée. De plus, il y a un roulement de personnel important. De façon générale, les gens viennent au Nunavut ou dans la région de Baffin pour quelques années seulement. Les salaires qu’offre le gouvernement posent aussi des difficultés de recrutement aux entreprises puisqu’elles ne peuvent pas faire compétition. Ceci étant dit, il n’y a pas de grandes difficultés de recrutement pour les emplois temporaires.
Les postes les plus difficiles à combler sont ceux du domaine de l’enseignement, de l’administration scolaire et des communications / médias. Peu d’individus de la région sont formés dans ces domaines.
Les moyens de recrutement les plus souvent utilisés sont :
- Le bouche-à-oreille
- Les services de Ressources humaines et Développement des compétences Canada (RHDCC)
- Les annonces dans les journaux.
On retrouve peu de personnel francophone dans les entreprises de la région. Les difficultés de recrutement s’amplifient lorsque l’on recherche une personne qui parle le français. L’anglais et l’inuktitut sont les langues les plus fréquemment utilisées au Nunavut. De façon générale, les employés ayant des compétences en français proviennent du Québec, du Nouveau-Brunswick, et de l’Ontario (en particulier, Ottawa.)
Intégration des nouveaux arrivants
De nombreuses personnes provenant du sud du pays viennent vivre et travailler au Nunavut; en moyenne, ces personnes s’y établissent pour une période d’environ deux ans. La transition est parfois difficile étant donné les différences culturelles et de style de vie entre le nord et le sud du pays. Pour les francophones du Québec, le fait de se retrouver en milieu minoritaire, en terme de langue, pose souvent un défi additionnel. Un certain nombre de personnes provenant d’autres pays immigrent aussi au Nunavut dans le but d’acquérir une expérience de travail canadienne. Plus particulièrement, les professionnels du domaine de la santé sont encouragés à s’établir au Nunavut; en effet, ce domaine fait exception quant aux difficultés de reconnaissance des acquis. Tout comme les personnes venant d’ailleurs au Canada, ces personnes ne s’installent généralement pas de façon permanente.
Malgré une mobilité assez élevée de la population, vers la région, il y a peu de services d’intégration et de soutien pour les nouveaux arrivants. Certains services commencent à être mis sur pied; par exemple, l’Association canadienne d’éducation de langue française offre, aux enseignantes et enseignants du Québec, la possibilité de faire un stage dans un milieu minoritaire francophone.
Présence du français en milieu de travail
Le français n’est pas très utilisé dans les milieux de travail du Nunavut. La grande majorité des employés et de la clientèle est anglophone ou inuit. De façon générale, on parle le français dans les entreprises où le propriétaire est francophone. Quoique dispersées, il existe quand même de petites cellules francophones. Le secteur de la construction semble inclure de nombreux entrepreneurs francophones. De plus, le secteur du tourisme accorde une importance particulière à la langue française. On retrouve aussi des francophones au sein de la fonction publique puisque le français est une des quatre langues officielles du Nunavut.
Très peu d’entreprises font de la publicité en français. Généralement, le français est utilisé pour communiquer avec la clientèle francophone et parfois entre employés francophones.
Formation de la main-d’œuvre
Les entreprises et organismes du Nunavut accordent une grande importance à la formation et au perfectionnement professionnel de la main-d’œuvre, et ce au sein de tous les secteurs économiques. Les employeurs préfèrent recruter localement mais la réalité est telle que l’expertise et les habiletés requises n’y sont pas toujours. De plus, la formation est généralement peu disponible en région. Par conséquent, il est essentiel d’accroître les possibilités de formation dans la région pour réduire le besoin d’importer la main-d’œuvre.
Les besoins se situent sur divers plans :
- Il y a des lacunes importantes sur le plan de la formation pour les métiers et le secteur du tourisme.
- Les formations sont offertes aux membres d’associations, mais rarement aux membres de la collectivité.
- Les gens doivent se déplacer vers le sud du pays pour recevoir la formation nécessaire pour pouvoir percer le marché du travail. Ceci pose d’importants défis d’adaptation et d’intégration aux gens du nord, particulièrement les Inuits.
- De façon prioritaire, des formations touchant à l’éthique professionnelle sont nécessaires.
- Les possibilités de formation en français sont presque inexistantes.
Plusieurs entreprises font l’embauche de personnel sans expérience et leur offre ensuite une formation à l’interne. De plus, une grande partie du perfectionnement professionnel se fait à l’interne.
Les institutions suivantes offrent de la formation au sein de la région de Baffin :
- Tourisme Nunavut
- Le gouvernement du Nunavut offre un programme de mentorat pour les employés de la fonction publique.
- Le Collège de l’Artique du Nunavut offre des cours axés sur les métiers et certains domaines professionnels.
- Le conseil scolaire francophone offre des formations à ses enseignantes et enseignants.
- L’Association des francophones du Nunavut offre des cours de français.
- La Radio communautaire CFRT d’Iqaluit offre un cours sur le fonctionnement du logiciel de mise en onde de la radio aux jeunes de l’école francophone.
- Divers pourvoyeurs privés externes peuvent être embauchés pour une vaste gamme de formation. Le plus possible, les associations et organismes font le partage des coûts pour de telles formations.
Services aux entreprises
Des organismes et agences d’aide aux entreprises sont en place au Nunavut :
- Le Baffin Business Development Centre (BBDC)
- Le Nunavut Department of Sustainable Development et le Nunavut Business Development Corporation
- Le Nunavut Economic Development Association
- L’Association Qaaqivak (association inuit)
- Le RDÉE Nunavut
- RHDCC
- La Chambre de commerce de Baffin
Ces organismes et agences offrent divers services d’appui et de financement. Toutefois, l’appui financier est difficile à obtenir puisque seuls les organismes et ministères gouvernementaux ont de tels programmes de subvention. De plus, ces programmes tendent à être complexes, ayant beaucoup de prérequis. Les autres organismes et agences offrent des services de planification, mais surtout en anglais. Il y a très peu de services aux entreprises disponibles en français.
Les besoins prioritaires en services aux entreprises sont :
- Des services et de la formation, en français, pour la planification financière, la préparation de plans d’affaires et les prévisions budgétaires;
- Des services de soutien en comptabilité;
- Des programmes de financement.
Priorités d'actions
Présentement, l’économie de la région dépend largement du gouvernement fédéral. Pour assurer une certaine stabilité, l’économie doit être plus diversifiée. Il existe d’importants potentiels dans les ressources naturelles et le tourisme. Par exemple, l’exploitation minière et la pêche commerciale sont des domaines à explorer et à développer davantage. Le Nunavut doit aussi promouvoir et développer ses attraits touristiques. De plus, la croissance prévue de la population au Nunavut représente des possibilités pour le marché des services et de la construction, entre autres.
La région fait face à des défis importants dans son développement économique. D’une part, le coût de la vie est élevé, le climat est difficile et les communautés sont dispersées sur un vaste territoire. D’autre part, il y a une forte dépendance sur les produits et services disponibles dans le sud du pays. Bien que la fonction publique ait amené un pouvoir d’achat important à la population, trop souvent, l’argent n’est pas réinvesti dans l’économie locale; les gens dépensent plutôt leur argent dans le sud. En effet, les achats par Internet rendent plus facile ces transactions. De plus, le manque de main-d’œuvre qualifiée fait en sorte que mêmes les ressources humaines doivent être importées.
En ce qui concerne la communauté francophone spécifiquement, les défis sont liés à sa petite taille, au peu d’acteurs impliqués dans son développement économique, à la mobilité de ses membres, et à la présence beaucoup plus importante de la communauté anglophone et inuit. Il est difficile de former une communauté francophone forte et stable face à ces réalités.
Au sens plus large, d’autres défis existent dans les domaines suivants :
- Économie du savoir – l’accès à un service Internet de haute vitesse et de capacité suffisante est limité. De plus, il y a peu de gens dans la région qui sont formés sur l’utilisation d’ordinateurs et sur les nouvelles technologies. Il existe un besoin important de main-d’œuvre qualifiée dans ce domaine.
- Tourisme – il s’agit d’une industrie qui nécessite un certain temps à développer; les infrastructures pour attirer les touristes ne sont pas encore en place. De plus, les voyages au Nunavut sont dispendieux.
- Intégration des jeunes en affaires – au Nunavut, les jeunes forment près de la majorité de la population mais il n’y a pas suffisamment d’opportunité pour eux. Il y a un manque de possibilités de formation et d’éducation.
Ceci étant dit, les priorités d’actions sont :
Interventions auprès des jeunes
Il est de toute importance de développer des stratégies pour stimuler les jeunes et les impliquer dans la collectivité. Des programmes collégiaux et universitaires doivent être offerts dans la région.
L’absence de tels programmes entraîne deux situations :
1) les jeunes quittent pour suivrent des programmes de formation dans le sud et parfois ne reviennent pas;
2) plusieurs ne veulent pas quitter leur région pour recevoir une formation et, de ce fait, ont de la difficulté à participer à l’économie régionale.
Accroître l'entrepreneuriat
Offrir davantage de services pour les entrepreneurs et accroître la sensibilisation et la motivation pour l'entrepreneuriat. Il y a présentement peu de formation de disponible à cet égard.
Diversifier l’économie régionale
L’économie doit reposer sur d’autres industries que la fonction publique. L’exploitation des ressources naturelles et le développement touristique sont deux secteurs offrant un énorme potentiel à la région.
Établir des partenariats pour le développement économique
Les principaux acteurs dans le développement économique de la région sont les différents niveaux de gouvernement, la Chambre de commerce, le secteur privé, l’Association des francophones et RDÉE Nunavut. Les gouvernements doivent établir des moyens (assistance financière, politiques pour aider les entreprises, etc.) pour encourager le développement économique et doivent travailler de concert avec les associations communautaires. De plus, la collectivité doit s’impliquer dans le développement stratégique; la population doit être encouragée à bâtir une communauté forte et stable.
Développer le secteur du tourisme
Accroître le tourisme dans la région et mettre sur pied les infrastructures qui inciteront les gens à venir dans la région (activités culturelles, randonnées, sports extrêmes, etc.)
Développement des ressources humaines
Le développement des ressources humaines est essentiel pour tous les secteurs de l’économie, mais plus particulièrement dans le domaine de la santé et de l’éducation. Il est essentiel que les membres de la communauté locale soient présentés avec les opportunités de formation. D’une part, on doit augmenter la proportion de jeunes qui terminent leurs études secondaires. D’autre part, des formations sur l’éthique professionnelle seraient bénéfiques.
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