Immigration francophone : attirer les talents ne suffit pas, il faut les préparer

Roukya Abdi Aden - Directrice de la concertation nationale

L’immigration occupe une place importante dans la stratégie économique et démographique du Canada. Elle vise notamment à répondre aux besoins de main-d’œuvre et à soutenir la croissance économique et démographique, incluant le renforcement de la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire. Pour atteindre ces objectifs, nous devons aller au-delà des simples cibles d’admission. Il faut faire en sorte que l’immigration francophone réponde aux besoins réels de toutes nos régions, tout en permettant aux personnes immigrantes francophones de réussir leur intégration économique et de s’y établir durablement.

La réponse commence bien avant l’arrivée au Canada. En effet, nous devons passer d’une approche principalement axée sur la sélection à une approche qui prépare véritablement l’intégration économique. Cela signifie :

  • mieux informer les candidats sur :
    • les réalités du marché du travail;
    • les besoins des employeurs;
    • les possibilités d’emploi dans les différentes régions
    • les exigences professionnelles et linguistiques;
  • identifier les écarts à combler;
  • faciliter la mise en relation avec des employeurs;
  • etc.

L’immigration francophone deviendra ainsi un levier de développement économique, particulièrement dans les petites villes et les régions rurales, où les besoins de main-d’œuvre sont diversifiés.

S’attaquer à la sous-utilisation des compétences

Parallèlement, nous devons nous attaquer à la sous-utilisation des compétences des immigrants déjà présents au Canada. Selon Statistique Canada, en 2024-2025, 32,6 % des immigrants récents ayant une formation postsecondaire occupaient un emploi pour lequel ils étaient surqualifiés, contre 19,1 % des personnes nées au Canada.

Il est important d’attirer davantage de talents, oui, mais nous devons aussi valoriser les compétences déjà présentes au pays.

Pour cela, l’intégration économique ne peut reposer uniquement sur les épaules et les efforts des immigrants francophones pour s’adapter au marché du travail. Les employeurs, les gouvernements, les ordres professionnels, les institutions de formation, les organismes doivent aussi agir pour :

  • reconnaître les compétences internationales;
  • faciliter la reconnaissance des acquis;
  • offrir des possibilités de mise à niveau; et,
  • soutenir le développement de carrière.

Pour le RDÉE Canada, l’immigration francophone doit être pleinement intégrée aux stratégies de développement économique communautaire. Il ne s’agit pas seulement de combler des postes, mais de permettre aux personnes immigrantes de développer leur carrière, de contribuer à l’économie et de choisir de rester dans nos communautés.

Bref, la réussite de l’immigration francophone doit se mesurer à notre capacité collective de valoriser leurs compétences, de répondre aux besoins des régions et de bâtir des communautés francophones plus fortes.

Par Roukya Abdi Aden, directrice de la concertation nationale